Depuis l’origine, la production de contenus e-learning sur mesure n’a cessé d’être une épine dans le pied des responsables formation. Produire en interne ? en externe ? opter pour un système de production mixte ? espérer que les experts et les apprenants s’associent pour produire des contenus de qualité ? L’IA générative va renverser la table ! Aucun doute là-dessus, même s’il ne faut pas s’exagérer les attentes : on est bel et bien entré dans ce que je qualifierai de « 5ᵉ âge de la production des contenus e-learning ».
Premier âge : Émergence et rayonnement des agences de production
Apparus il y a plus d’une vingtaine d’années, les premiers contenus e-learning sur mesure ont vu leur production largement sous-traitée aux studios de création spécialisés qui ont alors poussé comme des champignons. En effet, ces contenus supposent d’emblée la possession et la pratique d’outils auteur performants, souvent complexes d’utilisation. On notera toutefois qu’une partie des contenus était, dès l’origine, produite en interne ; on pense, par exemple, à la production (grâce à des outils de capture et d’enrichissement d’écrans) de tutoriels destinés à former les collaborateurs d’une grande entreprise sur ses applications informatiques « métier ».
Deuxième âge : Les services formation se lancent dans la production interne
Assez rapidement, le coût souvent exorbitant de la sous-traitance externe a conduit des Directions Formation à internaliser une partie des contenus qu’elles confiaient à l’extérieur. Ce mouvement a été favorisé par l’entrée en scène de nouveaux outils auteur accessibles à des formateurs n’ayant pas suivi un long et coûteux cursus de formation à la conception multimédia. Ces outils de « rapid learning » permettront en particulier d’importer des séries de PowerPoint pour les transformer en e-learning (enrichi de zones d'interactivité et d’un écran où le formateur apparaît pour commenter ses slides) délivré depuis la plateforme LMS de l’entreprise. Destinée à un bel avenir, cette approche s’est poursuivie bien au-delà de ses premières bases en se dotant de fonctionnalités qui se sont considérablement développées entre-temps.
Troisième âge : Le système de production mixte
Les Directions Formation constatent néanmoins qu'à l'expérience, la production interne de contenus n’est pas si aisée. Car, sauf à produire régulièrement des modules e-learning (et à trouver la motivation nécessaire : pas sûr qu’un professionnel de formation veuille s’enferrer durablement dans une activité qui pourrait devenir une voie de garage), c’est une illusion d’imaginer qu’on peut facilement maintenir le niveau de compétences requis, même sur de l’authoring simplifié. Par ailleurs, la qualité des modules produits en interne est, sauf exception, rarement comparable à celle des contenus émanant d’une agence externe compétente ; ce que ne manquent pas d’observer les décideurs et les apprenants, parfois déçus par la qualité interne. S’est ainsi dessinée le troisième âge, mixte, de la production : la Direction Formation décide, à partir de critères spécifiques, ce qu’il lui faut impérativement confier à l’extérieur (par exemple, les Serious Games) ou, à l'inverse, ce qu’elle peut produire en interne. Dans ses critères de décision, la qualité n’est pas seule en cause, car il s’agit, de plus en plus souvent, que les contenus soient produits aussi rapidement que possible pour répondre à des demandes urgentes du business : la formation, on le sait, devant se mettre au rythme des métiers (speed to learning speed to business), la production interne sera naturellement plébiscitée.
Quatrième âge : tous sachants, tous producteurs !
Arrive enfin, à grand fracas de publicité, le collaborative learning, c’est-à-dire la possibilité, via une plateforme numérique, de produire « collaborativement » des contenus e-learning. Par collaborative learning, on comprend qu’un expert sur un sujet donné — SME : Subject Matter Expert, engagé dans un métier, sur le terrain, ou déjà repéré comme formateur occasionnel — produit un contenu sur lequel un collectif d’apprenants va réagir pour permettre à l’auteur d’améliorer rapidement, et de façon aussi pertinente que possible, le contenu initial. Le collaborative learning mise ainsi sur l’intelligence collective et le nombre d’itérations (action x réaction) conduisant au meilleur contenu possible.
Aucun des dispositifs que l’on vient de mentionner (production en sous-traitance, production interne, production mixte, production collaborative) n'exclut les autres ; la plupart du temps, on les trouve en partie superposés, dans les grandes entreprises internationalisées en particulier, où les métiers ou les zones géographiques sont libres de choisir entre ces options. La Direction Formation, quant à elle, doit pouvoir accompagner ses clients internes dans le dispositif qu’ils ont retenu, sans renoncer à mutualiser ce qui peut l’être au sein du réseau de formation interne.
Vers le 5ᵉ âge : la production de contenus e-learning assisté par l’IA générative
Nous sommes à la veille (à moins qu’on soit déjà pleinement dedans, sans en avoir vraiment pris conscience) d’une rupture majeure dans la production de contenus pédagogiques numériques, contrairement à l’évolution progressive qui a marqué les quatre âges précédents (il s’agissait, à chaque fois, de déterminer le meilleur modèle pour produire plus vite des contenus de meilleure qualité, sans remettre en cause le processus général de production).
L’usage de l’IA générative (ChatGPT et ses concurrents) fait basculer la production de contenus e-learning sur mesure dans un nouveau monde : l’IA intervient en amont du processus de production sur : la matière à organiser et transmettre ; le choix des axes les plus pertinents ainsi que sur la façon de structurer et de concevoir un cours en décidant au passage des meilleurs formats à utiliser en fonction des apprenants (l’adaptive learning est de la partie) ; de transmettre savoirs et compétences ; d’en vérifier l’acquisition par des questions qui seront suggérées par le robot conversationnel (Prompt 1 : Dresse une liste de 10 questions pour vérifier que la compétence « animer une réunion » a bien été acquise ; Prompt 2 : Décline 5 objectifs pédagogiques pour chacun des compétences de cette liste).
Les cas d’usage sont déjà nombreux ; d’autres, sur lesquels nous reviendrons, ne vont cesser de s’ajouter à la liste des opportunités offertes par l’IA générative aux professionnels de formation. Avec une question que ne manqueront pas de se poser les concepteurs x formateurs : l’IA générative : un nouvel outil auteur (génération 5.0) ou, elle-même, auteur ?
À suivre…
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