A propos du sondage récemment publié par le site www.educadis.fr sur le e-learning vu par les Français ; échange avec Jean-Charles Foucrier, son rédacteur en chef, pour qui il existe une spécificité française…
Quels sont les principaux résultats du sondage sur le e-learning vu par les Français publié par le site educadis ?
Jean-Charles Foucrier : Le sondage indique très clairement une perception favorable du e-learning par les Français, un constat général émaillé de fortes nuances. L’e-learning est encore peu présent dans les entreprises : 18% des sondés déclarent cette forme d’apprentissage présente sur leur lieux de travail, alors que la moitié l’estime inexistant ou peu développé. Malgré tout, un quart des sondés évoque l’e-learning comme en cours de développement, confirmant ainsi la progression de cet apprentissage dans les entreprises françaises. Concernant les aides, il existe d’ores et déjà un dispositif d’aides fiscales de l’Etat, avec la mise en place très récente du Compte Personnel de Formation. Cependant, la finalité du e-learning est plutôt de parvenir à séduire sur la forme et sur le fond, plutôt que de s’appuyer sur des aides, qui le placeraient par ailleurs sur un pied d’inégalités par rapport au présentiel.
Pour les sondés, le e-learning est-il un substitut au cours traditionnel ?
Jean-Charles Foucrier : Si l’e-learning est très largement perçu comme digne d’intérêt, la manière d’utiliser ce mode d’apprentissage divise nettement les sondés. Seulement un tiers de ceux-ci considère l’e-learning comme un apprentissage se suffisant à lui-même. 60 % des sondés voient dans l’enseignement en ligne une méthode certes utile, mais en corrélation intime avec le présentiel. Cette mixité entre les deux formes d’apprentissage, couramment dénommée « blended learning », emporte ainsi l’adhésion majoritaire ; une tendance confirmée pour l’éducation nationale, où 52% des sondés approuvent l’utilisation du numérique à l’école, mais de manière limitée, sans remettre en question le rôle de l’enseignant.
Quels sont pour eux les principaux obstacles au e-learning ?
Jean-Charles Foucrier : L’obstacle principal au e-learning est très clairement désigné par l’étude. Pour 80% des sondés, le manque de lien social représente un frein puissant, avec en arrière-plan l’anxiété de se retrouver seul face à son écran. Cette appréhension générale est équitablement partagée entre la crainte d’un manque d’encadrement rapproché, et celle d’un manque de contacts relationnels avec les autres étudiants et les enseignants. Dans le secteur de l’entreprise, et même si les mentalités évoluent sensiblement depuis peu, l’obstacle vient surtout d’un manque encore flagrant d’offres en e-learning pour les salariés, et pour ceux-ci d’un certain manque d’initiative pour la formation personnelle.
Quelle est la pénétration des concepts et innovations comme les MOOC ?
Jean-Charles Foucrier : Seul un noyau dur des sondés (22%) maîtrise sans problèmes les notions de « MOOC », de « serious games » et de « TICE ». Un tiers est en revanche incapable de placer une définition sur ces concepts, alors que près de la moitié des sondés possède des connaissances à propos d’au moins l’un des termes. Ces résultats indiquent ainsi une progression évidente de la notion de e-learning chez les Français, qui cependant reste encore pour la majorité assez mystérieux, ou inconnu.
En conclusion, existe-t-il un cas français spécifique en matière d’e-learning ?
Jean-Charles Foucrier : C’est certain. Les freins au e-learning évoqués sont à bien des égards propres à la culture française, isolée entre l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne, des nations peu ou pas du tout complexées face à la formation en ligne. D’une manière générale, la France est en retard sur bon nombre de nations européennes (notamment la Pologne, le Danemark et surtout les Pays Scandinaves), et très sérieusement décalée par rapport à des pays comme les Etats-Unis, le Canada, la Corée du Sud ou encore le Japon. Le souhait du Président de la République François Hollande de placer la France « à la première place du numérique » est assurément louable, mais représente une performance à court terme difficilement imaginable.
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